
« Trop peu de personnes gèrent beaucoup d’argent, et beaucoup n’en ont pas assez pour vivre ou développer leurs projets. » Pour changer cette réalité et redonner du pouvoir citoyen sur la finance, Aurélie André a rejoint l’opération Milliard. Engagée depuis toujours pour le juste, elle œuvre aujourd’hui à accompagner les entreprises du Béarn dans leurs transitions. Découvrez notre ambassadrice dans les Pyrénées-Atlantiques, qui veut montrer que chacun peut comprendre la finance… et s’en emparer pour transformer son territoire, dans « un élan collectif qui peut mettre en joie ».
Qu’est-ce qui est malade dans notre modèle économique ?
Trop peu de personnes gèrent beaucoup d’argent, et beaucoup n’ont pas assez pour vivre et/ou développer leurs projets.
Qu’est-ce qui t’a amenée à t’engager dans la transition juste ? Un déclic ?
Je suis sensible à la question du « juste » et engagée depuis toute jeune. À la fin de mes études d’ingénieur (urbanisme – aménagement du territoire), j’étais gênée par le caractère « politique » des projets et le poids des grands groupes dans ce milieu. Des projets intéressants et bien pensés existaient mais ils étaient l’exception au lieu d’être la norme. Je n’ai pas eu envie de servir de caution, même si j’avais vraiment besoin d’entrer dans le monde du travail. J’ai opté pour un service civique dans un jardin maraîcher avec des personnes en situation de handicap, le temps de réfléchir.
Que fais-tu aujourd’hui, professionnellement, pour faire avancer une transition juste ?
J’ai œuvré durant les sept dernières années au développement d’un tiers lieu nourricier, en tant que bénévole. J’espérais arriver a créer mon poste mais j’ai fini par changer d’option à cause du PFH… Je lance aujourd’hui une entreprise pour inspirer les entreprises du Béarn à accélérer leurs (justes) transitions.
Pourquoi cet engagement ? Qu’est-ce qui te tient particulièrement à cœur ?
J’ai beaucoup œuvré dans le milieu associatif, et vécu le fameux triangle de l’inaction où politiques, entreprises et société civile se renvoient la balle. Je trouve que travailler du côté des entreprises est intéressant car elles ont un pouvoir d’action différent des associations, notamment par leur poids économique. Grâce à l’argent, et aux choix qu’elles font.
Qu’est-ce qui te manque, pour avoir « l’impact » dont ta cause a besoin ?
Des campagnes grand public pour montrer qu’il se passe des choses et que voter pour les extrêmes est contreproductif. Un élan collectif vers la transition qui ne soit pas vécu comme une contrainte, forcément punitive, mais plus comme un chemin, qui peut mettre en joie car on sait qu’on participe à quelque chose de juste.
Pourquoi as-tu rejoint l’opération Milliard ?
Parce je suis convaincue que l’argent est une énergie, un vecteur, qui peut devenir une source de plein de projets vertueux, si on l’utilise correctement. Et pour cela il faut une forme de réflexion et intelligence collective que je trouve aujourd’hui dans l’opération Milliard.
Tu es ambassadrice de l’opération Milliard dans les Pyrénées-Atlantiques et Béarn. Quel est ton rôle ?
Pour diffuser le message du mouvement, monter en compétences sur la question des finances pour pouvoir reprendre du pouvoir citoyen, et montrer que ce domaine n’est pas réservé a un petit groupe d’élite, que tout citoyen peut s’approprier le fonctionnement de notre système financier. Pour faire des ponts entre des mondes qui ne se parlent pas habituellement, vulgariser des notions mais être capable de suivre une conversation complexe.

Qu’est-ce qui t’attache tant à ton territoire ?
Je suis une neo-Béarnaise, Béarnaise d’adoption. Je trouve que ce territoire est très beau. Nous sommes entre océan et montagne, le climat est doux. C’est très vert, il y pleut plus qu’en Bretagne ! C’est une qualité de vie au quotidien, et je suis heureuse de permettre à mes filles de créer leurs racines ici.
La France est très centralisée. Pourquoi les territoires sont-ils essentiels pour la transition juste ?
Il y a toute une série de « services » de proximité que seuls les territoires peuvent organiser. Pour moi, quand on parle de qualité de vie, on parle d’humain, de liens, de rencontres ; et les humains tissent leur vie sur un territoire. Nous côtoyons au quotidien nos voisins et c’est en recréant du lien social, souvent porté par des structures de l’ESS, que nous arriverons à faire société et relever les défis d’une transition nécessaire pour garder une planète habitable pour les générations futures. La raison d’être de notre association au démarrage était : montrer par l’exemple qu’une vie heureuse pour l’humain et soutenable pour la planète est possible, grâce au collectif et à la coopération. Les territoires peuvent incarner l’exemple, c’est par le quotidien que nous pouvons transformer les consciences.
Quel type d’ambassadrice es-tu ?
J’ai envie d’être proche des gens, de rencontrer et discuter avec toute personne qui me sollicite. D’aller sur des colloques, faire des tables rondes, à la radio… Je n’ai pas peur de parler dans un micro. Je suis authentique, je parle avec mon cœur. Je ne suis pas une spécialiste des finances, j’apprends le vocabulaire et les mécanismes du Milliard pour pouvoir en parler correctement.
Je suis en train de développer une activité pro compatible avec cette mission en termes de temps, de réseau et de prise de parole : lien avec tout l’univers entrepreneurial au niveau du Béarn, CCI, French Tech, Agglo, Pays de Béarn…
Si on réussit à lever 1 milliard, où en sera-t-on en 2027 ?
En 2027, dans 18 mois, j’espère un mouvement décentralisé, avec beaucoup de sympathisants sur tous les territoires auto-organisés. Des initiatives citoyennes et des entreprises qui fleurissent un peu partout pour recréer du vivre ensemble et du lien, et faire baisser la peur, l’isolement et la montée de l’extrême-droite. J’imagine un vrai appui sur les tiers-lieux existants qui, avec des moyens, pourrons « enfin » incarner la promesse de « travailler autrement » et « accueillir tout le monde de manière inconditionnelle », sans reproduire les failles du système qu’ils dénoncent (burn out, salaires bas…).
Ton message à tes amis, ta famille et tes connaissances, aux Françaises et Français, pour qu’ils rejoignent le mouvement ?
C’est nous, aujourd’hui, qui créons le monde de demain. Un monde que je souhaite joyeux, vivant et responsable. Avec l’opération Milliard, j’ai l’opportunité d’agir maintenant pour financer les projets de demain, de participer aujourd’hui à une transition au niveau de notre système financier pour qu’il soit au rendez-vous des enjeux qui nous attendent.
Avec ses équipes bénévoles, le mouvement a déjà amorcé un démarrage prometteur ; alors imaginez si nous sommes des centaines voire des milliers, sur tous les territoires, à dire que nous voulons que notre argent servent au bien commun : quelle puissance collective nous pouvons générer !
Les recommandations d’Aurélie
Un film à recommander ?
En quête de sens, de Marc de La Ménardière et Nathanaël Coste.
Car il nous fait réflechir.
Un livre ou une BD à recommander ?
Sally Lockhart, de Philippe Pullman.
Une bonne introduction au féminisme.

Une chanson, un morceau, qui représente ton état d’esprit, ta vision du monde ?
Somewhere over the Rainbow, de Judy Garland.
Pour garder espoir, même dans la tempête.
Une figure que tu trouves particulièrement inspirante ?
Salomé Saqué.
Pour son engagement et sa détermination

Une citation qui incarne ton rapport au mode, ta conviction ?
« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. »
Mahatma Gandhi