Thibaut Sauve, ambassadeur : portrait

Dans la Drôme, à Die, il est employé et membre du comité d’administration d’une épicerie bio, La Carline, organisée en coopérative (SCIC). Il œuvre pour une alimentation saine et locale accessible à toutes et tous et – c’est intimement lié – pour une agriculture de proximité, rémunératrice et pérenne. Pour lui, “il est du devoir des consommateurs de s’unir pour aider les producteurs… et les plus pauvres”. Découvrez notre ambassadeur Thibaut Sauve.

Qu’est-ce qui est malade dans notre modèle économique ?
Notre modèle économique crée du conflit d’intérêt entre le bien commun et l’intérêt individuel et c’est trop souvent ce dernier qui gagne. Je ne suis pas certain que ce soit dû à trop de libéralisme, je m’interroge plutôt sur les règles de la propriété. Aujourd’hui ce sont les entreprises qui façonnent le monde. Après un certain seuil, une partie des bénéfices devraient constituer des réserves impartageables pour être administrées par un comité d’entreprise ou sociétaires au minimum élu ou tiré au sort… A la manière des SCIC.

Je ne suis pas contre l’enrichissement personnel mais je suis contre la possibilité même que l’on puisse devenir milliardaire. N’aurait-on pas assez de 5-10millions pour les plus gourmands d’entre nous ?

Qu’est-ce qui t’a amené à t’engager dans la transition juste ? Un déclic ?
Depuis mes dix-neuf ans, j’ai conscience de l’urgence écologique. Je savais que je voulais faire quelque chose et j’ai considéré que je DEVAIS faire quelque chose pendant les révoltes Gilets jaunes. J’ai compris cette injustice qui était ressentie et que nous étions des millions à la ressentir.

Que fais-tu aujourd’hui, professionnellement, pour faire avancer une transition juste ?
J’ai rejoint comme employé et membre du comité d’administration une épicerie bio qui est constituée en société coopérative d’intérêt collectif. Notre objectif : favoriser une agriculture saine, pérenne, locale et rémunératrice tout en se développant au plus proche des habitants. Je crois que la première chose à faire pour reprendre le contrôle, face au désastre écologique qui s’annonce, est de produire localement notre subsistance. Mais cela nécessite beaucoup plus de paysans alors que la tendance les voit disparaitre depuis des décennies.

Je crois qu’il est du devoir des consommateurs de s’unir pour aider les producteurs et aider en même temps les consommateurs les plus pauvres. Étant en SCIC, nos bénéfices constituent une réserve impartageable qui nous sert à investir dans le territoire. Nous avons aidé une petite épicerie bio à voir le jour dans un village voisin, nous avons installé deux maraîchers dans notre ville pour nous fournir un approvisionnement local, nous donnons 10% de nos résultats en légumes et fruits frais au Restos du cœur pour augmenter les débouchés bio, nous prenons des parts sociales dans d’autres coopératives du territoire pour soutenir ce modèle… Tout ceci n’est possible que parce nous ne sommes pas tentés par des conflits d’intérêt individualistes. L’argent que nous manipulons n’est pas à nous et nous sommes responsables face à nos sociétaires de sa bonne utilisation.

Mon rêve est de contribuer à ouvrir un paquet d’épiceries comme celle-là. Car si nous étions plus nombreux, nous pourrions faire boule de neige et réinvestir vraiment sur nos territoires, plutôt que cela parte dans les poches d’actionnaires déjà fortunés. Ce n’est pas qu’un enjeu alimentaire et écologique, mais aussi social et un enjeu de sécurité nationale comme Stéphane Linou l’explique si bien.

La Carline - épicerie coopérative bio à Die (Drôme)

Pourquoi cet engagement ? Qu’est-ce qui te tient particulièrement à cœur ?
Je crois que j’ai été extrêmement chanceux dans la vie. J’ai un profond besoin de me rendre utile et j’avais besoin d’une cause pour trouver un sens à ma vie. Nous vivons en paix en France, mais pour combien de temps encore ? Je crois que la paix, ça se construit. Si on n’y prend pas garde, elle peut s’effondrer sous nos pieds et la chute pourrait être immense si on ne prépare rien. Le climat changeant va venir bouleverser nos sociétés, il va y avoir des basculements. Si nous pouvions au minimum nous assurer de quoi nous nourrir sainement proche de nous, nous éviterons probablement déjà un tas d’aggravations. C’est très pragmatique.

Qu’est-ce qui te manque, pour avoir « l’impact » dont ta cause a besoin ?
Personnellement, je manque de formation et j’ai un trop petit réseau pour le moment. A l’échelle des épiceries, ce qui nous manque, clairement, c’est le foncier. Autant sur la partie locaux pour l’épicerie que sur la partie aide à l’installation de nouveaux agriculteurs. Je pense un jour suivre une formation sur l’immobilier proposée par Villages Vivants pour monter en compétences sur la question foncière. Notre métier n’est pas seulement de tenir une épicerie. Nous pouvons jouer le rôle d’accompagnateurs pour nos partenaires agriculteurs. Il nous faut aussi les moyens de monter en compétence pour faciliter l’expansion de notre modèle.

Pourquoi as-tu rejoint l’opération Milliard ?
Parce que je me sentais seul avec mes espérances. Je ne me sens plus seul. Je sais que nous allons faire un pas de géant grâce à ce mouvement. Je suis certain d’être au bon endroit.

Qu’est-ce qui t’attache tant à ton territoire ?
Je vis dans le Diois depuis seulement 2 ans. Cela se situe au sud du massif du Vercors, qui a une histoire très imprégnée de la Résistance. C’est un territoire très en avance sur l’agriculture biologique et c’est très beau !

Die - Vercors - vue de la croix de Justin
Die – vue de la croix de Justin. Par gasdub sur Flickr, sous licence CC

La France est très centralisée. Pourquoi les territoires sont-ils essentiels pour la transition juste ?
Parce que, justement, la clé est de décentraliser ! Je crois dans la force de l’intelligence collective et de la diversité. Chaque territoire possède ses spécificités géographiques, sociales, économiques, écologiques… C’est au plus près de chaque territoire que l’on peut prendre les meilleures directions, c’est-à-dire au niveau des aspérités de la réalité, loin d’une France que l’on imaginerait lisse et homogène avec les mêmes enjeux partout.

Dans le secteur de l’alimentation, si on veut inverser la tendance décroissante du nombre d’agriculteurs, il faut des débouchées dans chaque territoire, des sites de transformation, des structures accompagnatrices, chaque territoire en coopération avec les territoires voisins, pour planifier au mieux le développement. Aujourd’hui, notre producteur de pois chiches à 10km de l’épicerie envoie ses productions à 200km pour en faire des bocaux. Parce qu’il est difficile de monter un site de transformation local et rentable.

La décentralisation est aussi un principe fondateur de la démocratie. C’est la séparation des pouvoirs défendue par Montesquieu à une échelle inférieure que celle de l’Etat.

Quel type d’ambassadeur es-tu ?
J’espère être suffisamment à l’écoute pour me rendre le plus utile possible.

Si on réussit à lever 1 milliard, où en sera-t-on en 2027 ?
Peut-être deviendrons nous une force citoyenne connue de tous ? Ce qui est sûr c’est que des actes concrets auront été réalisés pour accélérer la transition juste.

Ton message à tes amis, ta famille et tes connaissances, aux Françaises et Français, pour qu’ils rejoignent le mouvement ?
Nous connaissons les solutions aux problèmes actuels. Plus d’arbres, meilleure répartition de la richesse, 0 pesticide, moins de déchets, plus de démocratie, moins de pollution… Le problème est : comment les mettre en pratique ? L’opération Milliard est un booster et un projecteur pour les solutions qui existent déjà, nous devons absolument les aider et accélérer leur déploiement.

 

Les recommandations de Thibault

Un film à recommander ?

Only lovers left alive de Jim Jarmusch. Pour le sens du beau

Un livre ou une BD à recommander ?

Traité de l’efficacité, de François Jullien. Pour comprendre pleinement le potentiel des choses.

Une chanson, un morceau, qui représente ton état d’esprit, ta vision du monde ?

Marche, de Gamac

Une figure que tu trouves particulièrement inspirante ?
Edgar Morin, pour sa poursuite de la Complexité.

Une citation qui incarne ton rapport au mode, ta conviction ?
Je ne sais pas si quand on veut, on peut… Mais, souvent, je me dis que quand on peut, on doit.

🕵️ Retrouvez Thibaut Sauve sur LinkedIn
✌️ Vous voulez réussir la transition juste avec Christophe ? Rejoignez-nous !